Anzac

 

La guerre de cent ans dans la Somme (1337/1477) 

L’origine de la Guerre
La Guerre de Cent Ans est la conséquence à la fois de la querelle dynastique qui oppose les familles régnantes en France (capétiens) et en Angleterre (Plantagenêts) et du système de devoirs féodaux qui fait du roi d’Angleterre le vassal du roi de France pour ses possessions de Guyenne et du Ponthieu.

En 1328, lorsque Charles IV le Bel meurt, il ne laisse pas de fils.

Edouard III d’Angleterre, neveu du roi par sa mère, revendique alors le trône. Mais Philippe, Comte de Valois, lui est préféré en application du principe selon lequel le pouvoir ne peut se transmettre que par les hommes (loi salique).

L’affaire semble se régler lorsque le 6 juin 1329 Edouard III vient rendre hommage à Philippe pour ses possessions de Guyenne et du Ponthieu en la Cathédrale d’Amiens.

Mais Philippe confisque les possessions anglaises de Guyenne et du Ponthieu en 1337.

Edouard III suscite la révolte de la Flandre contre Louis de Nevers, allié des français.

Le nouveau Comte de Flandres, Artevelde, s’allie avec les Anglais en 1340.

La guerre peut commencer…

La Somme au cœur du Conflit
La Somme, dont la façade maritime du Ponthieu est possession anglaise et qui fait face au nord à la puissante Flandre désormais alliée d’Edouard III, se retrouve au cœur du conflit qui se doublera d’un autre avec les Bourguignons. La guerre se prolonge jusqu’à la mort de Charles le Téméraire et la confiscation de la Picardie par Louis XI en 1477.

De Crécy à Poitiers (1346-1356)
Le premier grand affrontement terrestre de la guerre se déroule à Crécy en 1346, il se solde par une cuisante défaite française.

Le pays s’installe alors dans une période de fléaux et de misère, bientôt suivie de troubles politiques.

La peste bubonique venue d’Asie et qui fait son apparition en 1348, décime les populations et crée un climat d’horreur comme le relèvent les chroniques de Froissart ou les archives municipales d’Amiens. Elle entraîne une suspension des hostilités par reconduction de la trêve conclue en septembre 1347.

La guerre reprend en 1351, sous forme de raids menés par le Prince Noir à partir de l’Aquitaine, sans engagements décisifs. Les deux belligérants n’en ont pas les moyens financiers.

C’est la défaite française de Poitiers (1356), où le roi de France Jean II le Bon est fait prisonnier, qui donne un nouveau cours au conflit.

Révoltes et crise politique (1356-1360)
L’administration royale est remise en cause et le Dauphin, qui assure la régence, doit faire face à une contestation des villes écrasées par l’effort de guerre. Etienne Marcel, le prévôt des marchands de Paris, s’en fait le porte-parole, tandis que Charles le Mauvais, cousin du Dauphin et Roi de Navarre, tente de profiter de la situation en s’alliant aux Parisiens.

Des troubles agitent la capitale de 1356 à 1358 : le Dauphin doit quitter Paris.

Il organise son repli en renforçant les places fortes tenues par ses partisans dans les vallées de la Seine, de l’Oise et de la Marne.

Les paysans se révoltent devant cet effort supplémentaire qui leur est demandé. C’est la " Jacquerie ", animée par le Picard Guillaume Cale, qui fait jonction avec le soulèvement parisien. Elle est réprimée dans le sang par la noblesse, pour le coup réconciliée.

Les Parisiens chassent les Anglais et abattent Etienne Marcel qui leur avait livré la ville.

Les villes de la Somme restent fidèles au Dauphin, malgré une tentative de prise d’Amiens en 1358 par Charles le Mauvais au bénéfice de complicités dans la place, qui est déjouée grâce à des renforts venus de Corbie. Les nouveaux quartiers construits hors des murs au XIIIème siècle sont détruits et incendiés par les troupes du roi de Navarre qui réussit à s’emparer de Saint-Valery-sur-Somme.

Le redressement français (1360-1380)
Le Dauphin se réconcilie avec Charles le Mauvais et profite de l’enlisement des Anglais devant Reims et Paris, pour engager des négociations de Paix avec Edouard III qui se concluent le 9 mai 1360 à Brétigny.

L’accord de Brétigny reconnaît les droits d’Edouard III sur le Ponthieu, Calais, l’Aquitaine et la Gascogne, mais confirme la Suzeraineté du Dauphin sur la Flandre et l’Artois.

Jean le Bon meurt à Londres en 1364, le dauphin devient Charles V.

Le nouveau roi, qui préfère la tactique aux coups d’éclats, reprend l’Aquitaine et le Ponthieu en 1369.

A partir de cette date et jusqu’en 1415, le conflit marque une pause, aucun fait militaire marquant ne se déroule dans la Somme.

Le temps des divisions (1380-1420)
Mais un nouveau conflit se prépare, avec la succession de Charles V qui meurt en 1380.

Son fils Charles n’a alors que 8 ans, laissant la France au "gouvernement des oncles", plus préoccupés à pousser leur avantage et à se déchirer qu’à servir l’intérêt national.

Couronné en 1380, Charles VI sombre dans la démence. Les Ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean sans Peur qui lui succèdent en 1404, en profitent pour prendre le pouvoir à Paris.

En 1413, une fois de plus la capitale se soulève, prend le parti armagnac et chasse les Bourguignons. Le Duc de Bourgogne, lieutenant général de Picardie, s’allie alors avec les Anglais. La guerre reprend et la Somme se retrouve à nouveau au cœur du conflit.

En 1415, Henri V d’Angleterre débarque à Harfleur, puis passant par Saint-Valery-sur-Somme, Amiens, Nesle et Abbeville, inflige une nouvelle défaite cinglante à l’armée française à Azincourt.

Le Dauphin Charles se proclame Régent en 1418.

Jean sans Peur est assassiné, Philippe le Bon lui succède.

Par le Traité de Troyes en 1420, Philippe le Bon, représentant Charles VI, reconnaît les droits d’Henri V qui est devenu son gendre au trône de France, après sa mort.

Charles VI et Henri V meurent en 1422. L’héritier anglais du trône a 10 mois.

Il y a désormais trois France : l’anglaise, la française et la bourguignonne.

La reconquête française
Mais la paix ne s’installe pas pour autant. Les frontières restent floues et les alliances avec les grands féodaux mouvantes.

C’est à ce moment qu’apparaît Jeanne d’Arc (1329), qui se révèle un extraordinaire chef de guerre.

Elle met les Anglais en échec devant Orléans et conduit jusqu’à Reims Charles VII qui y reçoit le "Saint Sacre" (1429). Faite prisonnière à Compiègne, elle rejoint Rouen pour y être jugée en passant par le Crotoy et Saint-Valery-sur-Somme (1430).

Le traité d’Arras (1435), qui marque la réconciliation entre Charles VII et le Duc de Bourgogne, abandonne les villes de la Somme au Duc.

La Somme est alors partie du puissant Etat Bourguignon.

La guerre avec les Bourguignons
Dès son accession au trône (1461), Louis XI, profitant de la sénilité de Philippe de Bourgogne, reprend les villes de la Somme, qu’il doit bientôt rendre aux Bourguignons à la suite de sa défaite de Monthléry (1465), face à la coalition des princes animée par le Comte de Charolais, l’héritier de Bourgogne.

Louis XI feint de reconnaître les droits de Charles le Téméraire sur les villes de la Somme en 1468 à Péronne, mais reprend bien vite sa parole.

La Somme se trouve une fois de plus au cœur du conflit . Gamaches est pillée et brulée en 1472, Amiens assiégée par les Bourguignons. Saint-Valéry , Cayeux , Corbie sont brulées par Louis XI .

La paix revient en 1477 avec la mort du Téméraire.