Anzac

 

C’est à la demande de Colbert que Josse Van Robais décide de transférer de la Zélande (Pays-Bas actuels), à Abbeville, sa manufacture de draps. De 1665 au début de la Révolution, les Van Robais vont développer leurs activités dans la capitale de la Picardie maritime.

Ils y ont laissé trois édifices qui témoignent de leur réussite :

- la Manufacture des Rames
- l’hôtel particulier appelé "maison neuve", siège aujourd’hui de la Banque de France
- le Château de Bagatelle.

Drapiers de père en fils
Une histoire abbevilloise de plus d’un siècle

Janot, envoyé par Colbert à Middelbourg, en Zélande, lui écrit le 30 octobre 1665 :

"Le sieur Van Robais qui a conduit ci-devant une draperie en cette ville, a chargé tous ses métiers, presses et autres instruments, qu’il peut envoyer, dans un petit vaisseau pour Saint-Valery-sur-Somme, afin d’aller de là à Abbeville où, apparemment, il fera bon profit et donnera à d’autres personnes envie de faire la même chose".

Depuis longtemps, Abbeville était un centre drapier important. On y trouvait aussi des fabriques de toiles, de peluches et des teintureries. Cependant la draperie périclitait et Colbert était soucieux de concurrencer les produits de luxe fabriqués en Angleterre et en Hollande. C’est ainsi qu’il avait sollicité Josse Van Robais, qui dirigeait une manufacture de draps fins façon d’Espagne et de Hollande, pour venir s’installer à Abbeville.

Josse Van Robais était un homme brillant et cultivé. Abbeville était une place intéressante pour l’activité drapière : des ouvriers formés y résident, l’accès maritime est propice au commerce...

Les privilèges promis par Colbert sont par ailleurs non négligeables :

- l’exclusivité de la fabrication des draps fins dans la ville et à dix lieues à la ronde

- l’exemption des droits d’entrée sur les laines d’Espagne

- l’exemption des droits de sortie pour les draps à l’exportation

- l’exemption de tous impôts

- la naturalisation pour sa famille et celle des 50 ouvriers qui l’accompagnaient, avec la faculté de pratiquer leur religion dite "réformée", car Van Robais était protestant...

Le maire d’Abbeville et les Echevins ont ordre de faciliter son installation. La manufacture créée par Van Robais est Manufacture Royale et bénéficie ainsi de la protection du Roi et d’aides conséquentes : 12 000 livres à sa création et 2 000 livres par métier à tisser monté dans les 3 premières années après son installation. Puis ce sont 80 000 livres qui sont prêtées, suivi d’une remise de dette de 20 000 livres.

Les privilèges initialement accordés pour 20 ans sont renouvelés à plusieurs reprises, jusqu’en 1768, où l’exclusivité est supprimée. En 1784, les autres privilèges ne sont pas non plus renouvelés, au nom des idées de libre-entreprise qui prévalent alors.

Mais pendant plus d’un siècle, les Van Robais, forts de ces aides, développent leurs activités, faisant reconnaître partout en Europe la qualité de leur production. La manufacture emploie 500 ouvriers à la mort de Josse Van Robais, en 1694. Son fils aîné, Isaac lui succède, puis son cadet aussi prénommé Josse, dit de Ryxdorp. Il fait construire la très grande manufacture des Rames, terminée en 1712, et emploie plus de 2 000 ouvriers, ce qui est considérable à l’époque.

Alors que les draps de laine très fins des Van Robais sont recherchés dans toutes les cours d’Europe pour la confection de culottes et redingotes, les conditions de vie des ouvriers sont très dures. Une grève dure est déclenchée en 1716. Vite réprimée par les Dragons du roi, elle n’ébranle pas la prospérité des affaires et permet au contraire d’améliorer l’organisation de la police intérieure de la manufacture.

En 1724, la manufacture est à son apogée. Elle emploie plus de 3 000 ouvriers. Les Van Robais obtiennent le privilège de pouvoir marquer leurs pièces de drap d’un plomb portant les armes royales. Ils se lancent alors dans les affaires : négoce maritime, finance, fourniture aux armées... Le neveu de Josse Van Robais de Ryxdorp, prénommé Isaac, comme son père, se fait construire un somptueux hôtel particulier "maison neuve". Son frère Abraham s’impose dans le Ponthieu mais aussi à la cour. En 1751, il décide la construction d’une "folie", le château de Bagatelle, aux portes d’Abbeville.

Un ensemble d’éléments défavorables concourrent au déclin de l’activité : fin du monopole en 1768, traité autorisant l’entrée libre en France des étoffes anglaises, sans réciprocité pour les draps français, spéculations hasardeuses des Van Robais. Au début de la révolution, les activités cessent et la manufacture est vendue en 1805 à un marchand d’Elbeuf qui n’y produira plus que des draps ordinaires dits d’Elbeuf.

Sur les pas des Van Robais à Abbeville
La manufacture des Rames
272, chaussée d’Hocquet

En 1666 et 1667, Josse Van Robais achètent des terrains en bord de Somme, à l’ouest de la Ville. Il y fait construire de modestes bâtiments et un moulin. Mais l’expansion de l’activité amène la dispersion dans de nombreuses boutiques d’Abbeville des métiers à tisser. D’autres bâtiments essaimés dans la ville servent à fabriquer du savon pour le dégraissage de la laine et abritent les activités de filage et même une brasserie.

En 1708, les Van Robais décident de réunir leurs activités. Près de la Porte d’Hocquet, à la sortie ouest de la Ville, ils acquièrent de grands jardins et entreprennent la construction, dès 1709, de la manufacture des Rames. Des canaux sont creusés pour la relier à la Somme. En 1714, la construction est suffisamment avancée pour y réunir la quasi totalité des ouvriers dans des ateliers de teinturerie et tissage, des laveries et des magasins. On y trouve aussi une forge, des logements pour certains ouvriers et un grand corps d’habitation pour les bureaux et le logement des Van Robais...

De ces constructions, ne subsistent que le corps principal, les deux grandes ailes et la première cour. Un incendie a gravement endommagé les bâtiments en 1992, alors que leur réhabilitation avait été entreprise. On peut aujourd’hui admirer la porte monumentale où sont sculptés 3 enfants, sur un vaisseau " la Toison d’Or", chargé de transporter, dans toute l’Europe, les draps fins des Van Robais. En faisant le tour de l’îlot, on peut apercevoir les bâtiments, dans un état qui ne permet pas leur visite.

La "maison neuve"
22, rue Lesueur

Ce bel hôtel particulier a été construit vers 1730, par Isaac Van Robais. Il a été amputé au siècle dernier de ses deux ailes. Il abrite aujourd’hui le siège de la Banque de France à Abbeville.