Dès octobre 1939, après lentrée des troupes allemandes
en Pologne, loffensive vers louest est programmée.
Mais les officiers dEtat Major allemands sont partagés
et les conditions météorologiques très dures, dès novembre,
poussent Hitler à repousser de nombreuses fois la date de
lattaque.
Le 17 février, le général von Manstein est reçu par le Führer
et lui expose son plan quil a conçu dès octobre 39 :
"... la réussite dépend de la destruction de la totalité
des forces ennemies combattant en Belgique et au nord de la
Somme et non de leur refoulement frontal... Et comme lennemi
ne manquera pas de lancer du sud, contre notre flanc gauche,
une attaque, il faut que le centre de gravité de toute lopération
soit placé à laile sud.... Lultime décision appartiendrait
à la 12ème armée poussant en direction de la basse Somme".
La conviction dHitler est faite. Depuis longtemps il
avait eu la même idée sans en avoir traduit les implications
stratégiques. Il fixe lui-même lobjectif de loffensive
: Abbeville, sur la Somme, qui commande laccès à la
mer. Lopération est donc mise à létude dès la
fin février, malgré lopposition des généraux, inquiets
face à laudace du plan qui prévoit lavance des
blindés, très loin vers le sud puis vers louest, sans
le soutien de leurs bases.
Cest Guderian qui est chargé par Hitler de conduire
loffensive, à la tête du XIXème corps qui regroupe les
1ère, 2ème et 10ème panzerdivisions, soit 828 chars précédant
plus de 7 000 véhicules.
Conformément au plan, le 10 mai larmée allemande pénètre
en Hollande, puis en Belgique. Le 14 mai les troupes de Guderian
franchissent la Meuse, de part et dautre de Sedan, précédées
des attaques aériennes des bombardiers. La marche se poursuit
à rythme forcé. Le 17 Guderian est dans lAisne, près
de Laon. Le Colonel de
Gaulle lui oppose une vive résistance à Montcornet
et réussit une percée jusquà 2 km du P.C. de Guderian.
Le 18, la marche reprend vers louest. Le 19, les troupes
de Guderian atteignent Péronne, tout un symbole : cest
une revanche pour les Allemands qui se souviennent des durs
combats de la Somme et de la défaite de 1918. Guderian décide
alors de diviser ses troupes : le 20 mai, à partir dAlbert,
la 1ère division marchera vers Amiens et la 2ème vers Abbeville.
Depuis Péronne, la marche sera longue : plus de 110 kilomètres
jusquà Abbeville. Lobjectif est de contrôler les
ponts sur la Somme.
Quand Guderian entre à Amiens, le centre de la ville brûle,
les bombardements ont tué et blessé des centaines de personnes
et provoqué des dizaines dincendies. Guderian visite
la cathédrale et repart immédiatement vers Abbeville où ses
troupes pénètrent à 18h30. Là encore toute la ville est en
flammes, au point que les Allemands ont du mal à trouver un
passage vers le fleuve.
Loffensive allemande "Sichelschnitt Plan"
-"le coup de faux" en français- na duré que
10 jours. Au soir du 20 mai, le succès est total : les Allemands
contrôlent la Somme. Mais Abbeville est réduite en cendres.
Les églises et les hôtels brûlent, le beffroi nexiste
plus, les voûtes de la collégiale Saint-Vulfran sont tombées
; des centaines dhabitants et de réfugiés sont blessés
ou morts...